Babisme
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La Foi Babie ou Babisme (perse : بابی ها = Bábí há) est une religion fondée en Perse le 23 mai 1844 (5 Jamádíyu’l-Avval 1260 ap.H.), par un jeune commerçant de la ville de Shíráz, nommé Siyyid ‘Alí Muḥammad (1819-1850) et surnommé le Báb (arabe : "باب" = "la Porte").
Elle fait partie des religions révélées de la lignée abrahamique comme le judaïsme, le christianisme et l’islam, mais elle en est indépendante avec son propre "prophète", ses propres livres saints et ses propres lois. Le Báb rédigea de nombreux ouvrages, dont le principal est le Bayán, et dans lesquels il révéla :
- être le "Promis", dont la venue est annoncée par les traditions chiites à la "fin des temps" (le Qá’im, en arabe : القائم "Celui qui s'élève", encore appelé "l'Imám Caché" ou Mihdí, "celui qui est bien guidé" مهدي ) et que les disciples du Shaykhisme attendaient comme imminente.
- des explications et des interprétations des versets coraniques ayant trait au "Jour du Jugement".
- un nouveau code de lois destiné à remplacer la chari’ah islamique.
- l’annonce qu’après lui viendra un autre messager, qu’il désigne par le titre de "Celui que Dieu rendra manifeste" (Man yuẓhiruhu'lláh, arabe : من یظهر الله , perse : مظهر کلّیه الهی ).
Cette religion messianique fut la cause d’un grand bouleversement dans la société persane, car elle rassembla en très peu de temps un grand nombre d’adeptes, parmi lesquels on comptait quelques uns des plus éminents érudits religieux de l’époque, et parce que le clergé chiite associé au gouvernement persan réagit à cette remise en cause de l'islam traditionnel et de son autorité par une persécution féroce en martyrisant des dizaines de milliers de babis.
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[modifier] Environnement social
Le milieu du XIXème siècle fut une période, où les espoirs de voir se réaliser une ère "messianique" furent intenses, aussi bien dans le monde chrétien (comme avec les Adventistes) que dans le monde islamique (comme avec les shaykhis).
les musulmans attendent selon leurs traditions la venue, avant le "Jour" de la résurrection et du jugement, d'une sorte de "messie" appelé Al-Mihdí (en arabe : المَهْديّ , ce qui signifie "le bien guidé") par les sunnites et Al-Qá'im (en arabe : القائم , ce qui signifie "celui qui se lèvera" ou le "résurrecteur") par les chiites, qui l'identifie avec le retour de "l'imam caché". Le Coran ne parle pas de cet homme, mais de multiples traditions rapportent les paroles du prophète Muḥammad (v570-632) le décrivent, comme cell-ci : "Alláh fera ressortir de la cachette Al Mihdí de ma famille et juste avant le Jour du Jugement ; même si un jour restait dans la durée du monde et il répandra sur terre justice et égalité, et éradiquera la tyrannie et l’oppression."[1].
Shaykh Aḥmad-i-Aḥsá'í (1753-1826) était un théologien chiite originaire de Bareïn, qui fonda au XVIIIème siècle en Perse et en Iraq une école religieuse, dont les membres étaient appelés Shaykhí et attendaient fermement la réapparition prochaine du Qá'im. Après son décès, c'est son disciple Siyyid Káẓim-i-Rashtí (1793-1843), qui prit la direction de l'école et promis à ses disciples que l'apparition du Qá'im était imminente. Il ne désigna pas de successeur et juste avant de mourir il leur ordonna de se mettre à la recherche du "Promis" à travers toute la Perse. C'est ainsi que Mullá Ḥusayn-i-Bushru'í (1813-1849) semit en route après 40 jours de prière et de jeûne et rencontra finalement à Shíráz le Báb, dont il devint le premier disciple[2].
[modifier] Enseignements du Báb
Malgré sa jeunesse et la brieveté de sa vie missionnaire, le Báb révéla l'équivalent de 500 000 versets, dont la plus grande partie a été perdue.
"Voici qu'environ cent mille lignes semblables à ces versets se sont répandus parmi les hommes, sans compter les prières invocatrices et les questions concernant la science et la philosophie[3]. Considère encore le sujet du "Point du Bayán" (le Báb). Ceux qui le connaissent savent quel est son rang avant la Révélation; mais après la Révélation, et bien que jusqu'à aujourd'hui il ait révélé plus de cinq cent mille versets sur divers thèmes, on parle cependant contre lui avec des mots tels que la plume refuse de les répéter[4]. L'univers cependant n'a jamais vu ni éprouvé une bonté comparable à celle qui émane aujourd'hui des Paroles divines, comme les pluies d'avril des nuages du Miséricordieux; car les plus grands Prophètes, dont le caractère divin et la gloire brillent comme le soleil, n'ont apporté qu'un seul Livre dont les versets sont connus de tous. Tandis que, de ce nuage de la miséricorde divine, il a été révélé tellement d'ouvrages que nul ne peut les compter. On n'en connaît jusqu'ici qu'une vingtaine de volumes, mais combien y en a-t-il qui ne nous sont pas parvenus, ou qui sont tombés entre les mains des ennemis qui en ont fait ce que personne ne sait !"[5]
Dans son ouvrage intitulé "Sources for Early Bab Doctrine and History", Denis MacEoin décrits un grand nombre des oeuvres du Báb encore disponibles, dont voici une liste incomplète classée approximativement par ordre chronologique :
- à Shíráz avant le pélerinage : Qayyúmu’l-Asmá’ (commentaire sur la douzième sourate coranique), Ṣaḥífiy-i-Makhdhúmíyyih (ensemble de prières) et les Epîtres au roi de Perse Muḥammad Sháh, au sultan `Abdu'l-Majíd et au gouverneur de Baghdád.
- lors de son pélerinage à La Mecque et Médine : Khaṣá'il-i-Sab'ih, Kitábú'r-Rúḥ (le "Livre de l'Esprit"), Ṣaḥífiy-i-Baynu'l-Ḥarámayn ("Traité entre les deux sanctuaires") et Kitáb-i-Fihrist (le "Livre ducatalogue").
- à Shíráz après le pélerinage : Ṣaḥífiy-i-Ja’faríyyih, Khasá'il-i-Sab`ih (les Sept Attributs), Risáliy-i-Furú-i-'Adlíyyih ("l'épître sur les détails de la justice") et Tafsír-i-Súrih-i-Kawthar (commentaire sur la 108ème sourate coranique).
- durant son séjour à Iṣfáhán : Tafsír-i-Nubuvvat-i-Kháṣṣih (commentaire sur la mission spécifique du prophète Muḥammad) et Tafsír-i-Súrih-i-Va'l-'Aṣr (commentaire sur la 103ème sourate coranique).
- durant son emprisonnement à Máh-Kú : les seconde et troisième épîtres à Muḥammad Sháh, l'épître aux `ulamá de Qazvín et au vizir Ḥájí Mírzá Áqásí, le Bayán persan (son oeuvre maîtresse), le Bayán arabe, Dalá’il-i-Sab’ih (les "Sept preuves") et 9 commentaires sur le Coran (tous perdus).
- durant son emprisonnement à Chihríq : Kitáb-i-Asmá’ (le "Livre des Noms"), Kitáb-i-Panj-Sha’n (le "Livre des Cinq Rangs"), une épître à Ḥájí Mírzá Áqásí et Lawḥ-i-Ḥurúfát (l'épître des lettres).
- date imprécise : Zíyárat-i-Sháh-‘Abdu’l-‘Aẓím, Ṣaḥífiy-i-Radavíyyih, Risáliy-i-Fiqhíyyih, Risáliy-i-Dhahabíyyih et Súriy-i-Tawḥíd (la "Sourate de l'Unité").
[modifier] le "Promis" de l'islam
Le Báb déclara en plusieurs occasions qu'il était le "Promis" attendu par les musulmans à la "fin des temps" (Al-Mihdí ou Al-Qá'im, le "retour de l'Imam caché") :
- Lors de sa déclaration à Mullá Ḥusayn-i-Bushru'í dans sa demeure de Shíráz le 23 mai 1844
- Au Chérif de La Mecque lors de son pélerinage aux lieux saints de l'islam durant l'hiver 1844-45.
- Dans ses écrits.
- Au cours de son procès à Tabríz en juillet 1848.
Le premier titre que prit `Alí-Muḥammad-i-Shírází fut celui de Al-Báb, ce qui signifie "la porte" en arabe. Ce titre fut la cause d'une méprise de la part des chiites sur ses prétentions. Comme les quatre messagers, qui servirent de lien entre les croyants et "l'imam caché" durant la "petite occultation" (Ghaybatu'ṣ-Ṣughrá, 874-940), portaient le nom de Báb et que selon un hadith [6]le prophète Muḥammad aurait dit qu'il était "la cité du savoir dont `Alí était est la porte", ils considérèrent le Báb comme un intermédiaire entre eux et "l'imam caché", dont ils attendaient le retour. C'est pour cela qu'ils accueillirent favorablement comme une rétractation ces paroles prononcées par le Báb lors de son interrogatoire à Shíráz en 1845 :
Le Báb, regardant l'assemblée, déclara: "Que la malédiction de Dieu soit sur celui qui me considère comme le représentant de l'Imám ou comme l'intermédiaire entre celui-ci et les fidèles. Que la malédiction de Dieu soit aussi sur celui qui m'accuse d'avoir nié l'unité de Dieu et dénoncé le rang de Muḥammad en tant que prophète, sceau des prophètes, d'avoir rejeté la vérité d'un quelconque messager du passé, ou d'avoir refusé de reconnaître le gardiennat d'`Alí, le Commandeur de la foi ou de tout Imám qui lui a succédé." Il monta alors sur la marche supérieure du mihráb, embrassa l'Imám-jum'ih puis redescendit et alla rejoindre les fidèles pour accomplir la prière du vendredi.[7]
En fait ce qu'il affirma, ce n'était pas qu'il était la "porte" du Qá'im mais ce "Promis" lui-même, la "Porte de Dieu" (باب الله Báb'u'lláh)[8] ! Voici la déclaration qu'il fit lors de son procès à Tabríz en 1848 :
A son arrivée, le Báb vit que tous les sièges étaient occupés dans la salle, sauf celui qui était destiné au valí-'ahd. Il salua l'assemblée et, sans la moindre hésitation, alla occuper cette place vacante. La majesté de son allure, l'expression de confiance qui se lisait sur son front et, surtout, l'esprit de puissance que rayonnait tout son être semblèrent avoir, pendant un moment, étouffé l'âme de ceux qu'il avait salués. Un silence profond et mystérieux les envahit soudain. Pas une seule âme, parmi cette éminente assemblée n'osa souffler mot. Finalement, le silence qui les avait saisis fut rompu par le nizámu'l-'ulamâ'. "Pour qui vous prenez-vous ?" demanda-t-il au Báb, "et quel est le message que vous avez apporté?" "Je suis", s'exclama trois fois le Báb, "je suis, je suis le Promis! Je suis celui dont vous avez invoqué le nom pendant un millier d'années, celui à la mention de qui vous vous êtes levés, celui dont vous avez désiré l'avènement et celui, enfin, dont vous avez demandé à Dieu de hâter l'heure de la révélation. En vérité je le dis, il incombe aux peuples de l'Orient comme à ceux de l'Occident d'obéir à ma parole et de prêter serment d'allégeance à ma personne."[9]
Il revendiqua également le même rang que celui du prophète Muḥammad par des titres comme le "Premier Point" (Nuqṭiy-i-Ulà)[10], car c'est de ce "point" que proviennent toutes les lettres du Livre et tout ce qui est créé. Jésus est pour les chrétiens le "Verbe fait chair" et le prophète Muḥammad est pour les musulmans un "Coran qui marche" ... pour ses disciples, le Báb est aussi la manifestation de la Parole divine, le "Point du Bayán" (Nuqṭiy-i-Bayán), celui d'un livre saint pour notre époque, et ses disciples sont les "Lettres du Vivant". Il se considère comme une "Manifestation de Dieu" (en persan Maẓhar-i-iláhí, le lieu de la manifestation des qualités divines, dans un "temple humain") et les babis le désignaient aussi par les titres Ḥazrat-i-A'lá ("présence suprême"), Jamál-I-Mubárak ("beauté bénie"), Ḥaqq Ta'álá ("vérité tout-puissante"), Ṣáḥibu'z-Zamán ("seigneur de l'ère"), Dhikr'u'lláh ("souvenir de Dieu") et Qurrat'ul `Ayn ("consolation des yeux").
[modifier] le "Jour du Jugement"
L'oeuvre de Báb abonde en commentaires et en explications sur les écrits religieux islamiques, comme dans son premier ouvrage intitulé Qayyúmu'l-Asmá', qui est un commentaire de la sourate de Joseph révélé en 1844, ou dans son Bayán révélée en 1847-1848, qui est une "explication" du Coran[11].
Le Báb enseigne que les notions de "résurrection", de "jour du jugement", de "paradis" et d'"enfer", utilisées dans les prophéties chiites sur la "fin des temps", doivent être comprises de manière métaphorique :
- la "résurrection" signifie l'apparition d'une nouvelle "Manifestation de Dieu" apportant une nouvelle révélation redonnant vie à une humanité morte spirituellement[12]. Et bien que les "jour de la résurrection" soit le plus grand de tous les jours, il semble un jour comme les autres pour les négligents[13].
- la "résurrection des morts" signifie la renaissance spirituelle sous l'influence de la révélation divine de ceux, qui sont spirituellement comme des morts par leur ignorance, leur négligence ou leur rébellion[14].
- le "jour du jugement" signifie les conséquences de l'acceptation ou de rejet de la nouvelle "Manifestation" et de la nouvelle "Révélation" de Dieu[15].
- le "paradis", c'est de reconnaître Dieu à travers la "manifestation" de ses qualités dans un "temple humain" et d'observer ses commandements par amour de Lui. L'"enfer" est la domination de la part animale de l'homme sur sa part spirituelle, ce qui le prive des bénédiction divines. Paradis et enfer ne sont pas des lieux physiques, mais des états de l'âme, que l'on déjà peut expérimenter au cours de la vie terrestre[16].
Le Báb écrit Dans son Bayán persan qu'Adam n'était pas le premier homme et que d'innombrables générations humaines vécurent avant lui. Adam est selon lui le premier prophète d'un cycle de l'humanité, le "cycle prophétique", qui a commencé 12210 années avant la venue du Báb[17] et s'est achevé avec la révélation du prophète Muḥammad désigné par le Coran[18] comme le "Sceau des prophètes" (Khátam an-Nabiyyín)[19].
Comme l'indique en arabe son nom "باب" (b-a-b = porte), le Báb déclara être la "porte", la charnière ou "l'intermonde" (barzakh), entre deux cycles spirituels de l'humanité : le "cycle prophétique" avant lui et après lui le "cycle de la splendeur" (bahá' ) de l'accomplissement des prophéties, qui commence avec "celui que Dieu rendra manifeste" et se poursuivra avec d'autres "Manifestations" de Dieu[20]. Quand le Báb envoya ses disciples à travers la Perse pour annoncer son message de la "Bonne Nouvelle" de l'aube d'une nouvelle ère, il leur écrivit son "épître aux Lettres du Vivant"[21]
"Je vous prépare pour la venue d'un grand Jour. Déployez tous vos efforts afin que dans le monde à venir, moi qui vous instruis aujourd'hui, je puisse, devant le trône de miséricorde divine, me réjouir de vos actes et me glorifier de vos exploits. Nul ne connaît encore le secret du Jour qui doit venir. Il ne peut être divulgué et nul ne peut s'en faire une idée. L'enfant nouveau-né de ce Jour sera plus avancé que les hommes les plus sages et les plus vénérables de notre temps. Le plus humble, le plus ignorant de cette époque-là surpassera en connaissances les théologiens les plus érudits et les plus accomplis de nos jours. Dispersez-vous en tous sens à travers ce pays et, d'un pied ferme, d'un coeur sanctifié, préparez la voie pour Sa venue. Ne contemplez pas votre faiblesse et votre fragilité ! Fixez votre regard sur le pouvoir invincible du Seigneur, votre Dieu tout puissant ![22]
[modifier] "Celui que Dieu rendra manifeste"
Le Báb annonce dans ses écrits la venue après lui de "Celui que Dieu rendra manifeste" (Man yuẓhiruhu'lláh, en arabe : من یظهر الله et en persan : مظهر کلّیه الهی ). Ce sera un être si glorieux, que le Báb lui-même affirme ne pas pouvoir décrire convenablement ses qualités : "De tous les hommages que j'ai rendus à celui qui doit venir après moi, en voici le plus grand: mon aveu écrit qu'aucune de mes paroles ne peut le décrire adéquatement, et qu'aucune référence à lui dans mon livre, le Bayán, ne peut rendre justice à sa cause."
Le Livre saint et les lois révélés par le Báb seront alors remplacés par le Livre saint et les lois révélées par "Celui que Dieu rendra manifeste" au second "Jour de la Résurrection"[23].
Dans ses écrits, le Báb fait allusion à l'importance des "neuvième" (1269 ap.H.) et "dix-neuvième" (1279 ap.H.) années après la naissance du Babisme en 1844 (1260 ap.H.), ainsi qu'aux limites temporelles indiquées sous le nom de Ghiyáth ( غیاث ) et Mustagháth ( مستغاث ), dont la valeur selon la Numération Abjad sont respectivement de 1511 et de 2001[24].
"Dans l'année neuf", a-t-Il [le Báb] écrit de manière explicite, faisant allusion à la date de l'avènement de la Révélation promise, "vous atteindrez au bien suprême". "Dans l'année neuf, vous arriverez à la présence de Dieu." Et plus loin : "Après Hín (dont la valeur numérique est 68), une Cause vous sera révélée que vous serez amenés à connaître." Il a déclaré plus particulièrement : "Ce n'est qu'après l'expiration de neuf années après la naissance de cette Cause que les réalités des choses créées seront rendues manifestes. Tout ce que tu as vu jusqu'ici n'est que la phase qui commence avec le germe humide et continue jusqu'à ce que Nous l'ayons revêtu de chair. Sois patient jusqu'à ce que tu contemples une nouvelle création. Dis : Que Dieu, le Créateur parfait par excellence, en soit béni." "Attends", déclare-t-il à ‘Aẓím, "jusqu'à l'expiration de neuf années après la Révélation du Bayán. Puis proclame : Pour cela, béni soit Dieu, le Créateur parfait entre tous." Faisant allusion, dans un passage remarquable à l'an dix-neuf, Il a donné cet avertissement : "Soyez vigilants depuis la naissance de la Révélation jusqu'au nombre de Vàhid (19) et au commencement de l'année quatre-vingts (1280 après l'Hégire)." "S'Il devait apparaître en cet instant même", a-t-Il affirmé dans son ardeur à assurer que l'imminence de la Révélation promise ne devait pas écarter les hommes du Promis, "je serais le premier à l'adorer et à me prosterner devant Lui."[25]
[modifier] Lois du Báb abrogeant la chari'ah
Le babisme se sépara clairement de l'islam après la conférence de Badasht du 26 juin au 17 juillet 1848. A partir de ce moment le Bayán remplaça le Coran pour les babis et sa loi abrogea celle de la chari'ah islamique[26].
Parmi les nouvelles lois se trouvent le changement de la Qiblih (la direction vers laquelle les croyants doivent se tourner pour accomplir le rite de la prière) de la Ka'bih de La Mecque à la maison du Báb à Shíráz et l'abandon du calendrier islamique lunaire au profit d'un nouveau calendrier solaire appelé Calendrier Badí‘. Ce calendrier consiste en 19 mois de 19 jours (361) portant des "noms de Dieu", auxquels on ajoute 4 ou 5 jours intercalaires pour le faire coïncider avec le cycle solaire de 365.25 jours, dont le premier jour est Naw-Rúz et dont le dernier mois est consacré au Jeûne.
Le Báb révéla aussi un ensemble de rites et de lois, souvent non complètement mis en pratique[27], et parmi lesquels on trouve :
- ne porter d'armes qu'en cas de nécessité.
- s'assoir sur des chaises.
- faire attention à la propreté physique, comme les chrétiens.
- ne pas faire preuve de cruauté envers les animaux.
- ne pas battre sévèrement les enfants.
- imprimer des livres, et principalement les écrits saints.
- ne pas étudier les "sciences", qui ne commencent et ne finissent que par des mots
Ces lois semblent modernes et tolérantes mais il existent aussi d'autres lois, qui frappent par leur sévérité envers ceux qui ne sont pas babis :
- interdiction pour les non-babis de vivre dans 5 provinces centrales de l'Iran.
- destruction des lieux saints des religions antérieures.
- autodafé de tous les livres non-babis.
- interdiction aux non-babis de se marier avec des babis, et même s'assoir en leur compagnie.
- confiscation possible des bien des non-babis.
D'autres rites concernent le pélerinage, le jeûne, les funérailles, l'usage des bagues et des parfums. Denis MacEoin écrit que cette législation n'est pas destinée à être appliquée "à la lettre", mais que le Báb, conscient de l'apparition prochaine de "Celui que Dieu rendra manifeste", visait principalement à préparer les gens à sa venue en rénovant et revivifiant la société persane par des actes symboliques forts abolisant la loi islamique traditionnelle[28].
[modifier] Chronologie de la dispensation du Báb
1844 (1260 ap.H.) est l'année où le Báb déclara qu'il était le "Promis" de l'islam, dans la nuit du 22 au 23 mai à Mullá Ḥusayn-i-Bushru'í, qui devint son premier disciple et qu'il nomma la première des "Lettres du Vivant ainsi que "la porte de la Porte" (Bábu'l-Báb). Après avoir été reconnu par les 18 "Lettres du Vivant", il est envoya annoncer son message à travers la Perse, alors qu'il se rendit en pélerinage à La Mecque avec Quddús pour y déclarer solennellement sa mission. Le voyage et l'accueil qu'il y reçut lui laissèrent des souvenirs amers, mais il pu écrire une lettre au Chérif de La Mecque et recevoir l'allégeance de disciples à la Ka'bih.
1845 vit le retour du Báb en Perse et les premières persécutions. Le Báb dut renoncer à se rendre à la ville sainte de Karbilá et on l'arrêta pour le forcer à renier ses prétentions.
En 1846, le Báb réussit à quitter Shíráz pour trouver refuge en mars à Iṣfáhán, où le gouverneur de la ville Manúchihr Khán le protégea jusqu'à sa mort en 1847.
En 1847, le Báb demanda à être reçu en audience par le roi de Perse Muḥammad Sháh Qájár (1810-1848) dans la capitale de Téhéran (Ṭihrán), mais juste avant d'y parvenir il fut emprisonné en Ádhirbáyján dans la citadelle montagnarde de Máh-Kú, où il rédigea son Bayán persan.
Le 10 avril 1848, le Báb fut transféré à la forteresse de Chihríq sur l'ordre du grand vizir Ḥájí Mírzá Áqásí, afin de contrecarrer l'influence grandissante du Báb. Du 26 juin au 17 juillet les babis tinrent la conférence de Badasht, qui marqua la séparation définitive du babisme d'avec l'islam. En juillet, le Báb fut jugé à Tabríz, où il confirma publiqement ses revendications, essuyant en retour moqueries et bastonnade. Le 21 juillet, Mullá Ḥusayn-i-Bushru'í leva au Mázindarán "l'étendard noir" de la "guerre sainte" et marcha sur la ville de Mashhad à la tête de 200 babis. Cela déboucha sur siège du mausolée de Shaykh Ṭabarsí, où les babis se retranchèrent à partir du 10 octobre 1848.
Le 10 mai 1849, les babis assiégés se rendirent finalement après 7 mois d'une résistance héroïque face au troupes gouvernementales commandées par le prince Mihdí Qulí Mirzá, qui s'empressa de renier sa promesse faite sur le Coran et d'exterminer les prisonniers. Le Báb fut tellement affecté par le cruel supplice infligé à Quddús, qu'il resta plusieurs mois sans rien écrire. Il rédigea finalement un testament dans lequel il désignait Mírzá Yaḥyá-i-Núrí (1831-1912) comme son successeur à la tête de la communauté babie en attendant la venue de "Celui que Dieu rendra manifeste".
1850 vit la rébellion et le massacre des babis de Nayríz dans la province du Fárs et le conflit de Zanján. Le 9 juillet à midi, le Báb fut publiquement fusillé dans la cour de la caserne de Tabríz sur l'ordre du grand vizir Mírzá Taqí Khán (1807-1852). La première salve d'un régiment arménien chrétien ne fit que couper ses liens en le laissant indemme. Devant un tel prodige, le colonel chrétien Sám Khán refusa de faire tirer une nouvelle salve et quitta la caserne sur le champ avec son régiment. C'est un régiment musulman azéri commandé par le colonel Áqá Ján Big qui se chargea de tirer la seconde salve mortelle. Les restes du Báb furent jetés dans un fossé à l'extérieur de la ville. Les babis s'en emparèrent subrepticement de nuit pour les cacher jusqu'à leur transfert en Palestine, où ils furent déposés en 1909 dans le mausolée du Mont Carmel.
1851 vit l'insurrection babie de Zanján noyée dans le sang.
Le 15 août 1852, trois babis attentèrent sans succès à la vie du jeune roi de Perse Náṣiri'd-Dín-Sháh Qájár (1831-1896). Cet acte fut la justification d'une persécution généralisée contre le mouvement babi, dont de nombreux dirigeants furent tués comme Ṭáhirih et Siyyid Ḥusayn-i-Yazdí, ou emprisonnés dans la cachot souterrain du Síyáh-Chál comme Mírzá Ḥusayn ‘Alí Núrí surnommé Bahá'u'lláh (1817-1892).
1853 fut l'année où Bahá'u'lláh fut envoyé en exil avec sa famille et ses compagnons. Quand il arriva à Baghdád le 8 avril 1853, il trouva la communauté des réfugiés babis dans la plus grande confusion et la plus grande misère. Son demi-frère Mírzá Yaḥyá Núrí, que le Báb avec désigné comme "chef" des babis dans son testament (Lawḥ-i-Vasaya), avait réussi à fuir la sanglante répression des babis à Tákur et à atteindre Baghdád, où il vivait caché sous le nom de Ḥájí 'Alíy-i-lás Furúsh. Comme le décret d'exil signé par le roi de Perse Náṣiri’d-Dín Sháh Qájár ne le concernait pas, Bahá'u'lláh le pria de retourner en Perse pour y faire connaître le message du Báb et servir la Foi. Mais il n'en fit rien et, sous l'influence de Siyyid Muḥammad-i-Iṣfáhání, il commença à jalouser la renommée de Bahá'u'lláh, qui ne faisait que croître parmi la communauté après la révélation de "l'épître de Toutes Nourritures" (Lawḥ-i-Kullu'ṭ Ṭa'ám).
Le 10 avril 1854, Bahá'u'lláh se retira dans les montagnes du Kurdistan près de Sulaymáníyyih pour vivre en ermite loin des querelles partisanes. Il ne revint que deux années plus tard à la emande des babis, 19 mars 1856, pour reprendre la direction de la communauté agonisante.
Après dix ans d’exil à Baghdád, la renommée et l’influence de Bahá'u'lláh s’étaient considérablement accrues, au point d’alarmer ses ennemis qui prièrent le gouvernement ottoman de l’exiler encore plus loin. En réponse à cette requête, le grand vizir `Alí Páshá (1815-1871) et le Ministre des Affaires étrangères Fu'ád Páshá (1815-1869), qui dirigeaient conjointement l’Empire ottoman, envoyèrent à Bahá'u'lláh la ferme invitation de se rendre à Constantinople. C'est juste au moment de partir, fin avril 1863 dans les jardins de Riḍván, que Bahá'u'lláh déclara à son entourage qu'il était "Celui que Dieu rendra manifeste" annonçé par le Báb.
[modifier] Naissance de la Foi bahá’íe
[modifier] Testament du Báb
En 1849, quelques temps après le martyre de Quddús, le Báb écrivit une tablette intitulée Lawḥ-i-Vasaya et qui considérée comme son testament. Dans cette lettre, il nommait son disciple Mírzá Yaḥyá Núrí (surnommé Ṣubḥ-i-Azal, "matin d'éternité") en tant que chef nominal de la communauté babie après sa mort avec pour consignes[29] :
- d'assurer sa propre sécurité et celle de ses écrits, ainsi que de ce qui est révélé dans le Bayán.
- communiquer avec les babis et demander conseils des témoins, ainsi que de Áqá Siyyid Ḥusayn Yazdí.
- rassembler, sceller, si besoin compléter les écrits saints de Báb pour les distribuer parmi les babis et les faire connaître parmi l'humanité.
- inviter les hommes à embrasser la révélation du Báb.
- décider quand sera venu le triomphe et désigner son successeur.
- reconnaître "Celui que Dieu rendra manifeste" quand il viendra et inviter les hommes à en faire autant.
Le 4 août 1980, la Maison Universelle de Justice écrivit à un baha'i au sujet du rang de Mírzá Yaḥyá, que le Báb n'avait pas nommé en lui un vrai successeur, semblable à Saint Pierre, à l' Imám `Alí ou à `Abdu'l-Bahá, mais plutôt un dirigeant ou un administrateur de la communauté babie jusqu'à l'apparition de "Celui que Dieu rendra manifeste", dont il savait la venue imminente[30].
[modifier] Schisme entre baha'is et azalis
Après le martyre du Báb en 1850, plusieurs babis déclarèrent être "Celui que Dieu rendra manifeste" annoncé par le Báb, mais aucun ne réussit à convaincre la communauté babie de la justesse de ses prétentions et quelques uns se rétractèrent par la suite.
Bahá'u'lláh reçut la révélation qu'il était cette personne lors d'une expérience mystique qu'il vécut fin 1852 dans le cachot sousterrain du Síyáh-Chál, mais il ne l'annonça à son entourage qu'en 1863 au moment de partir pour son exil à Constatinople. Cette annonce fut acceptée par beaucoup de babis, qui gardaient en mémoire les avertissements du Báb au sujet des années "neuf" (1852) et "dix-neuf" (1863) après la naissance de la dispensation babie. Mais certains refusèrent en estimant qu'elle était bien trop précoce par rapports aux valeurs numériques des termes Ghiyáth (1511) kaj Mustagháth (2001) donnés également par le Báb.
Au cours de la seconde année de l'exil à Andrinople, Mírzá Yaḥyá se rebella contre l'autorité de Bahá'u'lláh, intrigua auprès des autorités turques, complota contre lui et esseya plusiuers fois de le tuer, en particulier en l'empoisonnant. Il s'en suivit finalement un schisme entre "baha'is", partisans de Bahá'u'lláh et "azalis" soutenant Ṣubḥ-i-Azal. Ce qu'on appelle la "Plus Grande Séparation" devint officielle en septembre 1867, et peu de temps après Bahá'u'lláh révéla son "Merveilleux Livre Nouveau" (Kitáb-i-Badí`) pour réfuter les arguments de ses opposants désignés comme la "Peuple du Bayán" (Ahl-i-Bayán) et surtout de Siyyid Muḥammad-i-Iṣfahání.
Ce conflit, parfois sanglant et meurtrier, indisposa la Sublime Porte ottomane qui décida en 1868 de les exiler séparément à Saint-Jean-d'Acre (Israël) et à Famagouste (Chypre). Baha'u'llah s'éteignit à Saint-Jean-d'Acre le 29 mai 1892 et la religion indépendante (la Foi bahá’íe) qu'il a fondé à partir du babisme s'est répandue et s'est organisée à travers le monde. Ṣubḥ-i-Azal s'éteignit à Famagouste le 29 avril 1912 et sa communauté périclita au cours du XX° siècle, en ayant cependant joué un certain rôle dans la promulgation de la constitution perse de 1905. Il ne reste actuellement que quelques milliers de babis sans véritable organisation, principalement en Iran et en Ouzbékistan.
[modifier] Rang du Báb dans la Foi bahá’íe
Les baha'is furent accusés par les azalis de renier le message du Báb et d'abaisser son rang. Bahá'u'lláh indique pourtant que le Báb est une "Manifestation de Dieu" douée d'immuabilité, semblable aux autres grands fondateurs de religion comme Moïse, Jésus ou Muḥammad, et que la durée extraordinairement courte de sa mission est "un mystère tel qu'aucun esprit de peut la sonder[31]. Shoghi Effendi (1897-1957), le "Gardien de la Cause de Dieu" (Valí Amr'ulláh) explique qu'il est le héraut annoncé dans les écrits saints du passé :
Lui, le "Qá'im" (Celui qui s'élève) promis aux shí'ahs, le "Mihdí" (Celui qui est guidé) attendu par les Sunnís, le "Retour de Saint Jean Baptiste" espéré par les Chrétiens, le "Úshídar-Máh" auquel les écritures zoroastriennes font allusion, le "Retour d'Elie" escompté par les Juifs, dont la Révélation devait présenter "les signes et les preuves de tous les Prophètes", qui devait "manifester la perfection de Moïse, le rayonnement de Jésus et la patience de Job", Celui-là avait paru et proclamé sa Cause, puis Il était mort glorieusement après d'impitoyables persécutions. Le "Second Malheur" dont il est parlé dans l'Apocalypse de Saint Jean l'Évangéliste était enfin arrivé, et la premier des deux "Messagers", dont l'apparition est annoncée dans le Qur'án, avait été envoyé sur Terre. La première "Sonnerie de Trompette" destinée à frapper la terre d'extermination, comme l'annonce ce dernier Livre, avait enfin retenti[32].
[modifier] Bibliographie
- "Sélections des écrits du Báb", compilé par le département de la recherche de la Maison Universelle de Justice et édité par la Maison d’édition baha’ie (Bruxelles, 1984, 1ère édition), D/1547/1984/1
- "La Chronique de Nabíl" (Dawn-Breakers), écrit en persan à la fin du XIXème siècle par Muḥammad-i-Zarandí Nabíl-i-A’ẓam, traduit du persan en anglais par Shoghi Effendi, traduit de l'anglais en français par M.E.B. et édité par la Maison d'éditions baha'ies (Bruxelles 1986), D/1547/1986/6
- "Dieu passe près de nous" (God passes by), écrit par Shoghi Effendi, publié par L’ASN des baha’is de France (Paris 1970)
[modifier] Notes
- ↑ Musnad Ahmad ibn Hanbal, Vol 1. p 99
- ↑ "Chronique de Nabil", chapitres 1 et 2
- ↑ "Bayán Persan", vol.1 p.43
- ↑ "Bayán Persan", vol.3 p.113
- ↑ Kitáb-i-Íqán ("Livre de la certitude"), pp.103-104
- ↑ site al-islam.org sur la "cité du savoir"
- ↑ "Chronique de Nabil, chapitre 8, p.147
- ↑ "Chronique de Nabil", chapitre 3, p.60
- ↑ "Chronique de Nabil", chapitre 18, pp.299-300
- ↑ Epître à Muḥammad Sháh dans la "Sélection des Écrits du Báb", p.11
- ↑ Voir le Qur'án 75/16-19, où il est écrit qu'après avoir envoyé la "récitation" (Qur'án), Dieu se chargera d'envoyer son "explication" (Bayán)
- ↑ "Bayán Persan" 2/7
- ↑ "Bayán Persan" 8/9
- ↑ "Sélection des écrits du Bab" 129/32-37
- ↑ "Bayán Persan" 5/19
- ↑ "Bayán Persan" 2/16 et 5/19
- ↑ "Bayán Persan" 3/13
- ↑ Coran 33/40
- ↑ "Sélection des écrits de Bab", 129/61-62
- ↑ "Bayán Persan" 7/13
- ↑ Táríkh-i-Nabíl
- ↑ "Épître du Bab aux "Lettres du Vivant"
- ↑ "Bayán Persan" 2/6 et 7/13
- ↑ "Bayán Persan" 2/16, 2/17 et 3/15
- ↑ "Dieu passe près de nous" de Shoghi Effendi, pp.40-41
- ↑ "Essays and Notes on Bábí and Bahá'í History" de John Walbridge chapitre 3 dans "H-Bahai Digital Library"
- ↑ "Deconstructing and Reconstructing the Shari'a: the Bábí and Bahá'í Solutions to the Problem of Immutability de Denis MacEoin dans bahai-library.org
- ↑ "Essays and Notes on Bábí and Bahá'í History" de John Walbridge, chapitre 3 dans "H-Bahai Digital Library"
- ↑ "The Primal Point’s Will and Testament" traduit du persan en anglais et commenté par Sepehr Manuchehri (2004)
- ↑ Lettre de la Maison Universelle de Justice adressée à un baha'i le 4 août 1980
- ↑ "Dieu passe près de nous", chapitre 6, p.115
- ↑ "Dieu passe près de nous", chapitre 4, pp.75-76



